La dépendance de l’Afrique aux importations de carburants devrait s’aggraver d’ici 2040, exposant davantage le continent aux chocs géopolitiques et aux goulets d’étranglement logistiques, selon un rapport de l’Africa Finance Corporation publié en avril 2026.
La vulnérabilité énergétique de l’Afrique s’intensifie dans un contexte de tensions au Moyen-Orient. Dans son rapport présenté à Nairobi le 23 avril 2026 lors du sommet “Africa We Build”, l’Africa Finance Corporation (AFC) estime que le déficit en carburant du continent pourrait atteindre 86 millions de tonnes à l’horizon 2040.
Le continent importe déjà près de 70 % de ses carburants, dans un volume global d’importations évalué à environ 230 milliards de dollars par an, incluant également des produits essentiels comme les engrais, l’acier ou les plastiques. Cette dépendance devrait se renforcer, avec des importations de carburants passant de 74 millions de tonnes en 2023 à 86 millions en 2040. Ce niveau équivaut à près de trois fois la capacité de la raffinerie géante développée par Aliko Dangote au Nigeria, soulignant l’ampleur du déficit industriel en aval.
Au-delà des volumes, le risque est également géographique. Selon l’économiste en chef de l’AFC, Rita Babihuga-Nsanze, les importations africaines sont fortement exposées à des points de passage critiques comme le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du commerce mondial de carburant. La perturbation de cette route, liée au conflit au Moyen-Orient, met en évidence la fragilité des chaînes d’approvisionnement, en particulier en Afrique de l’Est.
Les effets se font déjà sentir au-delà du pétrole. Les engrais, dont une large part provient du Golfe, deviennent plus difficiles à sécuriser. Ce déséquilibre est d’autant plus frappant que l’Afrique détient environ 80 % des réserves mondiales de phosphate, tout en ne produisant qu’environ 20 % des engrais à base de cette ressource.
Face à ces contraintes, des initiatives industrielles commencent à émerger. À Nairobi, Aliko Dangote a indiqué qu’un projet de raffinerie similaire à celle du Nigeria pourrait être envisagé en Afrique de l’Est, sous réserve d’un soutien politique régional. Les dirigeants africains appellent à un changement de modèle. Le président kényan William Ruto a plaidé pour une transformation structurelle visant à réduire la dépendance aux importations et à développer des capacités locales de transformation.
Selon l’AFC, la réponse passe par une combinaison d’investissements dans de nouvelles infrastructures et d’optimisation des actifs existants. Certaines installations restent sous-exploitées ou inadaptées aux évolutions climatiques et aux contraintes de réseau, comme des capacités hydroélectriques non connectées en Angola ou des barrages vulnérables aux sécheresses en Zambie.
DecryptEco
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