La montée en puissance du mobile money, des crypto-actifs et de l’intelligence artificielle transforme progressivement les priorités des banques centrales africaines. Réunie à Dakar autour des enjeux de cybersécurité financière, la Banque Centrale du Congo entend accélérer le renforcement de ses capacités de défense numérique alors que les risques cyber deviennent une préoccupation macrofinancière mondiale.
La révolution numérique africaine redéfinit progressivement les missions des banques centrales du continent. À côté des enjeux classiques de stabilité monétaire et de supervision bancaire, les institutions monétaires doivent désormais intégrer de nouveaux risques liés aux crypto-actifs, aux cyberattaques et à la sécurisation des infrastructures financières numériques.
C’est dans ce contexte que le gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), André Wameso, a pris part le 8 mai à Dakar, au Sénégal, à une conférence organisée par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), consacrée aux crypto-actifs et aux innovations numériques. La rencontre se tenait en marge des travaux de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA).
Intervenant lors d’un panel dédié à la cybersécurité et à l’intégrité financière, le gouverneur de la BCC a défendu l’idée d’une montée en puissance de l’Afrique dans l’économie numérique mondiale. Selon lui, le continent dispose d’atouts structurels importants, notamment une population jeune et une adoption accélérée des technologies financières, susceptibles de transformer durablement les systèmes financiers africains.
Cette dynamique est déjà perceptible dans les données du secteur. D’après la GSMA, les services de mobile money ont dépassé les 2 000 milliards de dollars de transactions à l’échelle mondiale en 2025, soit une progression annuelle de 23 %. L’Afrique subsaharienne concentre à elle seule près des deux tiers de la valeur mondiale des transactions mobile money, avec environ 1 432 milliards de dollars échangés sur le continent.
L’expansion ne concerne pas uniquement les volumes. Le nombre total de comptes enregistrés dans le mobile money atteint désormais 2,3 milliards dans le monde, tandis que les comptes actifs mensuels dépassent 590 millions, signe d’une intégration croissante des paiements numériques dans les économies africaines.
Pour les économistes du Fonds monétaire international (FMI), cette transformation représente un levier majeur d’inclusion financière, mais elle accroît simultanément l’exposition des systèmes financiers aux risques cyber. Dans une étude publiée en 2025 sur les innovations de paiement en Afrique subsaharienne, le FMI souligne que les capacités techniques et réglementaires demeurent encore très hétérogènes entre les pays africains, ce qui fragilise certaines infrastructures financières.
La question cyber occupe désormais une place centrale dans la littérature macrofinancière. Des travaux publiés par le FMI en mars 2026 indiquent que le secteur financier représente environ 10 % des cyberattaques recensées au niveau mondial sur la dernière décennie, avec une concentration importante sur les banques et les systèmes de paiement.
Les préoccupations se renforcent davantage avec l’émergence de l’intelligence artificielle avancée. Cette semaine, le FMI a averti que certains modèles d’IA capables d’identifier automatiquement des failles informatiques pourraient amplifier les risques de « défaillances corrélées » dans le système financier mondial. Selon l’institution, les cyberattaques alimentées par l’IA constituent désormais un risque systémique potentiel pour les infrastructures de paiement et les mécanismes d’intermédiation bancaire.
Face à ces mutations, la Banque Centrale du Congo cherche à renforcer ses capacités de résilience opérationnelle. André Wameso a annoncé la création, cette année, d’un poste organique de Responsable de la Sécurité des Systèmes d’Information (RSSI), chargé de coordonner les dispositifs de prévention contre la cybercriminalité et les vulnérabilités liées aux infrastructures numériques.
Cette évolution rapproche progressivement certaines banques centrales africaines des standards internationaux observés au sein des grandes institutions monétaires. Ces dernières années, la Banque centrale européenne comme la Federal Reserve ont renforcé leurs mécanismes de surveillance cyber face à la sophistication croissante des attaques visant les infrastructures financières critiques.
Pour la RDC, les enjeux dépassent largement le cadre de la sécurité informatique. Dans une économie où la bancarisation reste limitée mais où les paiements mobiles progressent rapidement, les fintechs apparaissent comme un levier stratégique d’inclusion financière et de modernisation des échanges. Cette transition impose toutefois le développement de nouvelles capacités en supervision technologique, en gouvernance des données et en sécurisation des réseaux financiers numériques.
Les échanges de Dakar traduisent ainsi une évolution plus profonde du rôle des banques centrales africaines. Les débats monétaires ne se limitent plus aux taux d’intérêt, aux réserves de change ou à l’inflation. Ils portent désormais sur la capacité des institutions financières à protéger une économie de plus en plus structurée autour des données, des plateformes numériques et des infrastructures technologiques.
DecryptEco
Leave a comment