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RDC : Judith Tuluka Suminwa face aux diplomates, les attentes des investisseurs mises à nu

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La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a échangé, le mardi 07 avril 2026 dans son cabinet de travail, avec un groupe d’ambassadeurs venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique, conduits par Angèle Samura. Derrière le protocole, la discussion a porté sur un sujet précis, calqué sur les conditions concrètes dans lesquelles les entreprises étrangères opèrent en République démocratique du Congo. Les diplomates n’ont pas évoqué un manque d’opportunités. Ils ont décrit un environnement jugé difficile à lire et à anticiper. La fiscalité est revenue au centre des préoccupations, moins pour son niveau que pour sa complexité et ses variations. Dans un pays où les prélèvements peuvent changer selon les administrations ou les interprétations, les entreprises peinent à établir des projections fiables.

À cela s’ajoute une insécurité juridique persistante. Les règles existent, mais leur application demeure inégale. un expert du secteur ayant participé aux échanges a indiqué que  » pouvoir engager des capitaux en sachant que les droits seront protégés de manière constante. Ce point, régulièrement soulevé dans les échanges économiques sur la RDC, reste un frein majeur. »

La loi sur la sous-traitance a également été citée. Conçue pour favoriser les entreprises locales, elle est perçue par certains opérateurs étrangers comme une contrainte supplémentaire, notamment lorsqu’elle limite l’organisation interne des projets. La question du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) s’inscrit, elle, dans une logique différente : celle du coût du travail et de sa prévisibilité, élément essentiel pour les entreprises intensives en main-d’œuvre.

Malgré ces contraintes, l’intérêt pour le marché congolais demeure. Les secteurs évoqués ; agriculture, mines, logistique, correspondent aux besoins structurels du pays. L’agriculture reste largement sous-exploitée, les mines continuent d’attirer en raison de la demande mondiale, et la logistique constitue un chantier indispensable pour relier production et marchés.

Dans sa réponse, Judith Suminwa Tuluka s’est inscrite dans la ligne du programme gouvernemental. Elle a rappelé la volonté d’améliorer le climat des affaires à travers un dialogue entre l’État et le secteur privé, tout en maintenant des priorités sociales comme l’emploi et le pouvoir d’achat. Aucun calendrier précis ni mesures détaillées n’ont été avancés lors de cet échange.

Ce type de rencontre met en évidence un décalage connu. D’un côté, un pays doté de ressources et de perspectives. De l’autre, un cadre économique qui reste difficile à stabiliser. Pour les investisseurs, la décision ne dépend pas uniquement du potentiel, mais de la capacité à opérer dans un environnement prévisible. La question reste donc entière : transformer l’intérêt en investissements effectifs suppose des ajustements concrets, au-delà des intentions affichées.

La question du climat des affaires a toujours été examinée dans une perspective plus large, celle de la capacité des économies africaines à attirer durablement les investissements privés. Dans ce cadre, plusieurs experts soulignent que l’amélioration de l’environnement économique ne relève pas seulement de l’adoption de textes, mais de leur application effective.

Cette lecture rejoint les constats du rapport Business Ready du Groupe de la Banque mondiale, qui souligne que « les lacunes de mise en œuvre nuisent au climat des affaires » et limitent l’impact des réformes pourtant adoptées.

Dans la même logique, les travaux récents de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les dynamiques économiques africaines mettent en évidence que le déficit d’infrastructures et le coût élevé du capital continuent de peser sur l’investissement privé, malgré un potentiel de croissance important.

Autrement dit, l’attractivité des économies africaines, et de la République démocratique du Congo en particulier, repose désormais moins sur les annonces que sur la capacité à réduire les incertitudes opérationnelles auxquelles sont confrontées les entreprises.

DecryptEco

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